Saisonnier en journée, il passe ses nuits à la rue

Florent Lefèvre fait la saison comme cuistot dans un restaurant de Saint-Gilles-Croix-de-Vie. Quand il termine son service, le sans-abri ne sait pas où il va passer la nuit.

« Je suis arrivé à Saint-Gilles-Croix-de-Vie, en Vendée, il y a presque un an maintenant. Je travaille dans un restaurant depuis deux mois pour la saison. Six jours sur sept, je suis en cuisine, là où je me sens le mieux. C’est même une affaire familiale.

Ma mère tient un restaurant dans lequel j’ai travaillé à partir de la 6e, l’année où j’ai quitté l’école. Mais c’est surtout ma grand-mère qui m’a mis les pieds et les mains dans le plat. Elle était dure, elle me forçait à recommencer un gâteau lorsqu’elle ne le trouvait pas bon. J’ai fini par être dégoûté de la cuisine, j’ai arrêté la restauration et, à l’âge de 13 ans, mes parents m’ont foutu à la porte. J’ai découvert la rue très jeune et j’y suis depuis la moitié de ma vie.

Un patron bienveillant

Il y a un an, j’ai décidé de venir en Vendée, près de la mer, pour tout recommencer à zéro une nouvelle fois. Je n’étais jamais venu avant, je ne connaissais rien. Aujourd’hui je me sens bien ici.

Le problème, c’est que les logements sont chers. On me demande une caution et trois mois de loyer donc c’est impossible. J’ai voulu essayer le camping mais j’ai vite vu que c’était trop cher aussi. En plus, j’ai perdu tous mes papiers il y a deux semaines. Carte bleue, carte d’identité, carte vitale, la totale. Ça n’arrange pas les choses. Heureusement, je les avais encore lorsque j’ai été embauché par mon patron qui a ainsi pu me déclarer.

J’ai de la chance d’avoir un patron qui ne me mette pas dehors. D’autres n’auraient pas hésité, ça m’est déjà arrivé. J’essaye d’avoir toujours le sourire le matin, peu importe la nuit que j’ai pu passer. Je crois que c’est ça qui plaît à mon chef.

Spécialiste des salades

Parfois, les journées sont longues et fatigantes mais je ne me plains pas. J’aime ce que je fais. Ma spécialité, c’est les salades. J’adore les présenter au mieux et recevoir des compliments du chef ou des clients. Parfois, on me laisse même mettre ma petite touche personnelle. Je ne peux pas vraiment travailler en salle du fait de mon apparence. Cela pourrait mettre certains clients mal à l’aise. En plus, moi et l’anglais, ça fait deux, alors avec tous les touristes…

Élan de solidarité

Mes collègues sont adorables. En plus de m’accueillir certaines fois, ils se mobilisent pour me trouver un logement. C’est la première fois que je rencontre autant de solidarité. Ça me donne envie de rester. Ma priorité, c’était de trouver un travail. C’est fait, même si c’est saisonnier. Maintenant, il me faut un logement et pourquoi pas un contrat pour plusieurs années. Pour le moment. Je vis au jour le jour. Si vous me demandez où je vais dormir ce soir, je ne pourrai pas vous répondre. Hier soir, il faisait un temps de chien et un collègue m’a accueilli. Ce soir, on verra. »

La réaction du patron du restaurant où Florent travaille : « La situation est triste pour lui, il n’arrive vraiment pas à trouver de logement. Le seul problème au restaurant c’est l’hygiène. Il a du mal à laver ses vêtements, à prendre des douches et en cuisine ça peut poser problème. Mais nous, on est là pour l’aider, on est tous solidaires. Au restaurant, c’est le seul moment où il peut se sentir un peu humain. »